Historique

Du Xe siècle à la fin du XIe, une multitude de monastères ont été bâtis. L'existence d'une chapelle et son emplacement central tendent à confirmer la théorie de Patrick Saletta selon laquelle des Cénobites furent les premiers habitants de Jonas.

Un habitat troglodytique offrait bien des avantages: une construction à moindre coût, rapide et un faible entretien par la suite.

A Jonas, I'endroit était sufisamment retiré pour convenir à des moines. L'exemple n'est ni insolite ni unique dans la région. Au débouché de la vallée, dans la plaine de Perrier, existe un autre site troglodytique dans une falaise de tuf exposée plein sud.

L'existence et la pérennité de ces fondations monastiques dépendaient du bon vouloir du seigneur châtelain propriétaire. Ainsi, beaucoup disparurent comme cela s'est produit à Jonas.

Au Xle siècle, les chevaliers, qui vivaient jusqu'alors au château dans l'entourage de leur seigneur, vont s'installer sur les domaines dont ils sont bénéficiaires et y établissent des manoirs.

Dans un premier temps le logis, entièrement creusé, se limitait à quelques pièces (partie A du dessin). Par la suite, une extension mi-creusée mi-bâtie fut ajoutée avec une tour bien apparente, le signe féodal par excellence (partie B).

Dès le XVIIe siècle le site est probablement à l’abandon. Les propriétaires de la seigneurie vivent ailleurs. Seule la chapelle resta en usage jusqu’à la Révolution. Quelques locaux furent transformés en pigeonniers.

Quotidien

En visitant les diverses pièces et installations, nous allons retrouver la vie quotidienne des habitants du site de Jonas. Passons en revue la chambre, la boulangerie, le grenier... et même les latrines !

La chambre - la pièce à vivre

A l’origine, la pièce disposait d’une cheminée.
Elle servait de pièce à vivre, chambre et séjour.

Le grenier

Il est voûté.

Il est complété d’une cave éclairée par un soupirail et fermée par une trappe.

Les latrines


Pour limiter les désagréments dus aux odeurs dans le réduit des latrines, on laissait une place assez large devant le siège. Il n’était donc pas économique de disposer les latrines dans la partie à bâtir ; elles furent creusées.


Elles comprirent aussi un lavabo (la combinaison des deux est peu courante au Moyen Age).

Le four


Le four à pain, communautaire mais payant, était généralement au Moyen Age, propriété seigneuriale.


On cuisait des tourtes de pain pour 10 à 15 jours.

L’illustration représente les étapes de la préparation du pain : on pétrissait la pâte dans une maie de bois. Dans la réalité, on préparait son pain chez soi et on le portait ici pour la cuisson seulement.

Guerre

En 1316, le site est désigné comme "castrum seu repayrium", ou "lieu fortifié d'importance réduite".

Un dispositif de défense :

la bretèche

Elle est aménagée à partir d'un local de faible profondeur. Il s'agit d'un appentis en surplomb juste au dessus du perron.

L’entrée était le point faible en cas d’attaque, puisque la porte était en bois, donc défonçable et brûlable. On pouvait en interdire l’approche par des tirs de flèches plongeants ou des lâchers de pierres car le sol de la bretèche était ouvert.

Religion

Omniprésente au Moyen-Age, la religion est bien sûr présente à Jonas, et sous sa forme la plus pure : la chapelle a été creusée à main d'homme dans la roche de la falaise avec une ferveur dont témoigne la richesse des lieux.

La chapelle fut creusée juste au-dessus de l'oratoire initial du monastère. Au cours des siècles, d'une manière générale, les sanctuaires furent empilés ou reconstruits à la même place.

La priorité dans les travaux était donnée aux autels. Selon l'usage chrétien, ceux-ci sont disposés vers l'est, donc, ici, en façade de falaise.

Dans l’angle qui s’est effondré en 1706, la voûte dessinait un baldaquin au dessus d’un autel ; elle définissait de la sorte une petite chapelle distincte à l’intérieur de la grande. Elle était probablement réservée au culte de la Vierge de plus en plus populaire en Auvergne au XIIe siècle.

Au plafond, une grande ouverture et deux petits trous signalent l’existence d’une cavité formant un clocher.

La chapelle est décorée de magnifiques fresques médiévales.

Art

L'art est bien présent à Jonas : de magnifiques fresques médiévales ornent la chapelle. Cinq scènes sont peintes sur les thèmes suivants : le reniement de Pierre, Jésus recevant la couronne d’épines, le corps de Jésus descendu de la Croix, la découverte du tombeau vide, et enfin la Vierge trônant avec l’enfant Jésus sur ses genoux.

Ci-contre, l'artiste a peint l’apôtre Pierre dénoncé par une servante comme comparse de ce Jésus qui venait d’être arrêté. Comme il s’en défendait, à ce moment, un coq se mit à chanter et Pierre se remémora une réflexion de Jésus : « Je sais bien que tu m’auras renié avant que le coq n’ait chanté ».

Ci-dessous, le début du supplice : Jésus Sauveur des Hommes aux mains de ses tortionnaires est affublé de la couronne d’épines.

Les couleurs sont fixées sous l’épiderme protecteur composé de sels de chaux, qui se crée naturellement à la surface de l'enduit lors de son séchage, grâce à une réaction chimique avec le gaz carbonique de l’air.


Cette réaction chimique ne prend qu’une journée. Pour décorer tout un mur, le peintre doit procéder par fragments : chaque matin, il fait uniquement poser l’enduit de finition sur la surface qu’il peut peindre dans la journée.

A Jonas, l’artiste n’a utilisé que quelques pigments (substances colorées réduites en poudre) : un ocre rouge, un autre jaune, peut-être un oxyde rouge, du noir (obtenu avec des matières calcinées) et du blanc (de la chaux).